30 novembre 2006
Queens of the Stone Age - Rated R (2000)

Jusqu'au titre-même de l'album les reines de l'âge de pierre montrent qu'ils n'ont pas peur du ridicule : Rated R... Autrement dit, interdit aux mineurs, selon la notation aux USA. Et au delà de l'aspect plutôt (beaucoup) laid de la pochette de l'album, nous avons là affaire au Las Vegas Parano du rock n' roll.
Chacun des 4 albums du groupe dégage quelque chose de spécial : le premier était plus stoner, Songs for the deaf le plus "bourrain", Lullabies to paralyze le plus posé et enfin... Rated R, qui en quelques superlatifs se décrirait comme : déjanté, décalé, expérimental, et surtout à ne pas prendre au sérieux. Sorti en 2000, cet album est certainement le moins accessible de la carrière du groupe ; l'ambiance n'est pas oppressante mais les mélodies dérangent. Rated R est leur album le plus fou et le plus osé.
Que le groupe ne se prenne pas au sérieux, c'est un fait, surtout quand l'on choisit pour nom "les reines de l'âge de pierre"... Lorsqu'on demande à Nick Oliveri (le bassiste à l'époque, qui -je le rappelle- se foutait à poil à chaque concert et fracassait sa basse à la fin) pourquoi ne s'appellent-ils pas les "Kings of the stone age", celui-ci répond simplement parce que ça fait trop macho, trop ringard. Et plutôt que de passer pour des prétentieux, ils préfèrent jouer sur l'auto-dérision. Rated R démarre avec l'explosif "Feel good (hit of the summer)" qui répète inlassablement les paroles "Nicotine valium vicodine marijuana ecstasy and alcohol... c-c-c-c-cocaine ?!" Dès le départ, le ton est donné. Le but n'étant pas de faire l'apologie de l'usage de la drogue ; Josh Homme n'en est pas adepte, contrairement à Oliveri... D'ailleurs, c'est une des raisons pour lesquelles il sera viré, 4 ans plus tard.
On continue avec "the lost art of keeping a secret" et "leg of lamb" ; le premier morceau est l'un des plus grands succès du groupe, et donne un aperçu de l'énergie qui sera dégagé dans Songs for the deaf ; c'est un morceau dont les paroles sont assez basiques (voire ironiques, ce qui ne m'étonnerait pas) et qui s'accordent bien avec l'air de piano que l'on entend en fond. Atmosphère posée et euphorisante, leur musique agit comme un anesthésiant, légère et fine ; le morceau suivant (qu'on peut traduire par gigot d'agneau) est de la même trempe, mais plus difficile à cerner ; ces couplets laissent entrevoir un côté assez malsain.
Vient ensuite "Auto Pilot", qui fait apparaître Nick Oliveri au chant pour la première fois. La chanson s'inscrit dans la même ambiance que les précédentes, peut-être plus calme encore car le thème évoqué ici est le voyage, s'envoler dans les airs, et comme le dit Nick, "The best trip that I’ve ever had"... L'interlude accentue la chose avec les paroles "Ah-ah, auto pilot no control", tandis que la musique semble nous faire décoller... La 5ème piste, "Better living through chemistry" s'inscrit clairement dans le genre expérimental, avec un riff peu commun à ce qu'à pu faire le groupe auparavant ; c'est aussi l'un des morceaux les plus intrigants de toute leur discographie, débutant par les mots "La pilule bleue t'ouvre les yeux"...
"Monsters in the parasol" marque une sorte de rupture, l'ambiance diffère des précédents morceaux ; en gros, c'est ici que commence le bad trip. Les couplets se composent d'un riff simple sur lequel on retrouve des paroles qui paraissent dépourvues de sens ("Paul’s sister is an alien, oh well"), puis survient ce passage plutôt stressant qui rend la chanson si difficile d'accès ; les mêmes notes s'y enchaînent comme un tourbillon, avant une sorte d'explosion qui laissera place au refrain, "you've got a monster in your parasol". La suite ne ressemble en rien au début : le morceau suivant, "Quick and to the pointless", débute par une voix parlée disant "I don't even know what i'm doing here". c'est la première chanson dans la discographie des QOTSA où l'on entend Nick Oliveri crier ; et ça déménage.
"In the fade" fait place à un autre chanteur autre que Josh Homme et Nick, il s'agit de Mark Lanegan des Screaming Trees. Bien qu'il ne chante que sur un seul morceau dans Rated R, sa présence sera plus importante dans Songs for the deaf (tout comme Oliveri d'ailleurs). Cette chanson apporte une touche plutôt mélancolique à l'album ("with nowhere to fall into the arms of someone") Tandis qu'on avait atteint le paroxysme de la folie avec "Monsters in the parasol", "In the fade" semble être un retour à la réalité, un peu comme les derniers effets que peut nous procurer une drogue.
"Tension Head" joue simplement le rôle d'interlude, où se répète à nouveau le refrain de "Feel good hit of the summer". Vient ensuite "Lightning Song", l'autre chanson où Nick Oliveri crie plus qu'il ne chante. Les paroles encore une fois décrivent bien l'état d'esprit d'un drogué revenu à la réalité : "I feel so fuckin' sick".
Enfin, ultime morceau de l'album, "I think I lost my headache" est le plus long morceau du groupe (8 minutes 40, beaucoup pour un groupe habitué à des formats plus pop) qui est une synthèse du contenu de Rated R. Le riff principal est le plus frappant et le plus rock de tout l'album. Les paroles présentent la chanson comme un peu désespérante ("Until my head explodes... Into my head it goes").
Avec Rated R, comme là chaque nouvel album, les Queens of the Stone Age font un bond en avant. Le premier opus sorti en 98 est déjà loin, et l'ombre de Kyuss (l'ancien groupe de Josh Homme) a disparu ; le virage est important et ne sera pas suivi par tous les fans. Aujourd'hui encore Rated R reste l'album le moins connu du groupe, et peut-être aussi le plus incompris, trop souvent pris pour une ode à la drogue et au sexe (thème qu'on retrouve aussi à plusieurs reprises dans les paroles). Il est pourtant nettement plus varié que son prédécesseur.
2 ans plus tard, le groupe sortira l'énorme "Songs for the deaf" qui fera d'eux l'un des groupes rock les plus en vogue aux USA, Dave Grohl à la batterie. Le groupe se détachera encore plus de ses influences stoner pour livrer un pop-rock débordant d'énergie.
PS : les japonais sont plutôt chanceux, leur version de l'album dispose d'une chanson en plus, qui s'appelle "Ode to Clarissa" ; elle-aussi annonce l'esprit dans lequel on retrouvera la bande de Homme dans Songs for the deaf, Nick Oliveri au chant.

de gauche à droite : Nick Oliveri, Josh Homme et Dave Grohl.
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